Le cercle d’Arcadie

Photos: Amélie Laurence Fortin, Le Soleil - Yan Doublet

Le Cercle d'Arcadie
Galerie des arts visuels de l'université Laval,
Québec, Canada, 2020
Arcadia Ring
Visual Arts Gallery, Laval University, 
Quebec City, Canada, 2020

« Un paysage imaginé, donc, n’est pas un paysage de l’être, mais du devenir — une composition non pas d’objets et de surfaces, mais de mouvement et d’immobilité qui n’est pas là pour être examinée, mais pour s’inscrire dans le temps présent. »1
― Tim Ingold

  Nous savons déjà tout. En vertu d’une entente entre les Archives nationales américaines et la famille Kennedy, le tailleur rose porté par Jackie le jour de l’assassinat de JFK ne pourra en aucun cas être montré au public avant le mois de novembre de l’année 2103. Si ça semble tiré par les cheveux, que dire alors de ce qui adviendra la nuit du 27 au 28 mars de l’année 224 508 ? C’est la date exacte du transit de Vénus, puis de Mercure, devant le Soleil ; pour le démontrer, il existe une formule brillamment élaborée.

  Certains phénomènes à venir, les mouvements célestes, par exemple, sont tout à fait prévisibles, et peuvent même être prédits par des modèles relativement simples. En revanche, la théorie du chaos, les études sur l’évolution et le courant de la Big History nous ont aidés à comprendre que de nombreux systèmes complexes dépendent de leurs contextes environnementaux ; c’est ainsi que nous en sommes venus à penser que la plupart des événements à venir sont en fait impondérables. Cependant, des méthodes de prévision comme les systèmes d’alerte météorologique et de tremblement de terre, les pronostics à long terme dans la planification du marché du travail ou toute autre tentative d’anticipation et de préparation aux événements futurs utilisent souvent les modèles statistiques de la loi des probabilités en situation incontrôlée. Il n’est donc pas étonnant que la relation entre prévisibilité et imprévisibilité soit devenue source d’anxiété d’anticipation.

  C’est sur cette contradiction que repose la dernière proposition de Fortin. « En culture, l’avenir a longtemps été exploré, notamment au sein de mouvements et de genres artistiques entièrement consacrés à son élucidation. »2 Le cercle d’Arcadie tente de découvrir des événements difficilement contrôlables et sobrement exubérants ; des visions périphériques à la limite du champ visuel et des actes inacceptables hautement improbables dans des séquences temporelles. Ici, Arcadie n’évoque pas une civilisation disparue, mais des phénomènes spontanés se produisant naturellement. La proposition de Fortin met ainsi en avant l’importance d’envisager des futurs pluriels et alternatifs plutôt que de concevoir l’avenir comme un seul bloc. La progression des œuvres de l’exposition laisse davantage entrevoir des possibilités multiples, des probabilités, de la gravité et de la véracité qu’un groupement inéluctable et ordonné à découvrir.

  Un chant paisible et hors d’atteinte, un gigantesque cargo dérivant majestueusement, le vrombissement d’un courant d’air, des éruptions lointaines et des lumières nébuleuses, servent à découvrir et à habiter le royaume imaginaire ouvert à ce qui reste à venir et à ce qui n’est pas encore tout à fait défini, auguré ou étudié. L’exposition examine les wild cards (ruptures possibles) et des cas peu probables, mais aux conséquences majeures ; elle montre ce qui serait advenu si quelque chose avait été légèrement différent, et s’intéresse aux lignes de faille de la réalité — aux aspects du futur qui peuvent facilement fluctuer. Fortin avance que l’explication de ces processus repose sur l’idée que sous la surface, « les pensées rationnelles et irrationnelles ont beaucoup plus de points communs »3 que ce que l’on croit habituellement. Selon une croyance répandue, la projection de l’imagination dans la chronologie de l’avenir lointain demeure l’un des derniers territoires inexplorés de l’esprit. L’est-il vraiment ? Nous ne tarderons pas à le découvrir. Ces lieux que nous pouvons encore imaginer librement sont rares et précieux — stars fading but we linger on, dear. 4

Paweł Kamiński, commissaire
Traduction Maude Cournoyer

1 Imagining Landscapes: Past, Present and Future, éd. Monica Janowski, Tim Ingold, London: Ashgate Publishing, 2012. 2 Cometan, The Omnidoxy, Preston (UK): The Institution of The Philosophy of Millettism, 2019.
3 Ruth M. J. Byrne, The Rational Imagination: How People Create Alternatives to Reality, MIT Press, 2006.
4« Dream A little Dream of Me », interprété par Doris Day, auteurs-compositeurs: Fabian Andre / Gus Kahn / Wilbur Schwandt
“An imagined landscape, then, is a landscape not of being but of becoming – a composition not of objects and surfaces but of movements and stillness, not there to be surveyed but cast in the current of time.”1
― Tim Ingold

  We already know all. Per an agreement between the National Archives and the Kennedy family a pink Chanel suit Jackie wore on the day JFK was shot will not ever be displayed in public before November in the year 2103. If this seems far-fetched, then how about the event which indeed will take place at night between the 27th and the 28th of March in the year 224.508? It is, precisely, the date when Venus and then Mercury will respectively transit the Sun and a superbly crafted equation exists to prove so. Clearly, some aspects of the future such as celestial motions are highly predictable, and may even be described by relatively simple models. On the other hand chaos theory, evolutionary studies and nonlinear Big History have helped us to understand many complex systems as sensitively dependent on environmental conditions, rendering the vast majority of future events imponderable in any specific case. Contrastingly, probability modelling and estimating outcomes in uncontrolled situations is widely applied in valid forecasting and foresight processes, be it weather and earthquake alert systems, long-time prognosis in labour market planning and other attempts to anticipate and be robust to future events. To no surprise, the interplay between predictability and unpredictability became a source of anticipatory tension.

  That’s where Fortin’s latest proposition resides. « The future has been long explored in culture, including art movements and genres devoted entirely to its elucidation »2. Meanwhile Le cercle d’Arcadie tries to find hardly controllable thus discreetly exuberant events, far peripheral visions at the edges of the visual field, and unacceptable actions that come least likely in a temporal sequence. Here « Arcadia » connotes not a lost civilization, but spontaneous emergent shifts occurring naturally, thereby stressing the importance of alternative and plural futures rather than one monolithic perspective. The progression of works in the exhibition barely composes the inevitable and orderly grouping that is to be discovered, but rather offers multiple alternative and short glimpses of varying likelihood, seriousness or veracity.

  Unattainable and quiet song, a massive cargo majestically drifting outward, the humming airflow, distant eruptions and hazy lights are means through which to find and inhabit the individual realm that is open to what is yet to come and to what is not quite fully determined, foreseen or studied. The show examines wild cards, low probability but high impact cases, embraces things as they might have turned out if only something had been slightly different, and gets involved in the fault lines of reality, the future aspects of reality that are readily changed. The explanation of these processes, Fortin argues, rests on the idea that below the surface « imaginative and rational thoughts have much more in common »3 than it’s generally projected. There’s an widespread belief that imagination stretching out into the timeline of the far future remains one of the last uncharted terrains of the mind. Does it really, we are about to soon discover. Precious and few are places still left to freely dream about – stars fading but we linger on, dear.4

Paweł Kamiński, Curator

1 Imagining Landscapes: Past, Present and Future, éd. Monica Janowski, Tim Ingold, London: Ashgate Publishing, 2012.
2 Cometan, The Omnidoxy, Preston (UK): The Institution of The Philosophy of Millettism, 2019.
3 Ruth M. J. Byrne, The Rational Imagination: How People Create Alternatives to Reality, MIT Press, 2006.
4« Dream A little Dream of Me », interprété par Doris Day, auteurs-compositeurs: Fabian Andre / Gus Kahn / Wilbur Schwandt


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LE SOLEIL, arts et spectacles, Josiane Desloges
CKRL L’Aérospatial, émission du 26 février 2020, Gentiane La France
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Revue INTER, Nathalie Côté
Cahiers de la Galerie des arts visuels, Jean-Michel Quirion
Espace art actuel, revue, Nathalie Bachand



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